Teminetaye, quartier de pécheurs

On est en plein centre-ville, derrière le palais présidentiel, au début de la corniche sud, qui va d'abord buter sur un grand camp militaire, un temps centre de commandement de dictateurs sanglants en Guinée.

Devant nous, sur la pointe, un hôtel chinois qui n'en finit plus de se construire carcasse de béton sans âme. La route prend là, encombrée, bruyante, chaotique comme toujours en Guinée. Elle longe une plage encombrée de bateaux aux couleurs chatoyantes, un chantier de construction des ces longues et lourdes pirogues de pêche que l'on retrouve de Dakar à Cotonou, massives et bariolées.

On ne voit de lui que des toits en tôle ou en bâches plastiques, surmontés de pneus usagés pour les empêcher de s'envoler. Il faut en fait s'approcher à pied pour découvrir le village des pécheurs, serré, dense, grouillant d'activité, plein d'enfants.

On saute d'abord plusieurs murets qui les protègent de la rue, de son bruit, de ses risques aussi. La plage, on la devine sous un amoncellement de sacs plastiques et d'autres ordures, on ne la voit qu'à marée basse, fine bande où viennent s'échouer les bateaux. Cette fresque d'abord, mur d'un restaurant – de poissons où l'artiste a représenté les actions de la pèche, l'approche, la levée des filets, l'arrivée au port et la vente d'une récolte abondante, sorte d'exorcisme naïf où domine le bleu de la mer. On arrive quand ils débarquent le poisson, caisses portées sur la tête par de jeunes gens, la pèche est affaire d'hommes.

On s'approche du village, coincé sur un coin de la plage, contre l'hôtel en construction. La première impression, c'est la précarité et la pauvreté de ces maisons, bidonville fait de planches de récupération, de bâches plastiques type "réfugiés" en guise de murs, toits de tôle pour les plus riches … je n'ose à peine photographier. Les gens sont tous occupés, ménagères balayant la cour, cuisinières préparant le repas ou les plats qu'elles vendront, feu de bois dans une poterie par terre, abritée sous un parasol. L'accueil est gentil, indifférent, jamais hostile – je montre à l'évidence mon appareil photo, même s'il tient dans ma main. Le village est installé sur une digue, plus haute que la plage, à l'abri de la haute marée, je m'interroge s'il y a des tempêtes en Guinée, à l’évidence non …

Je trouve la ruelle centrale du village. A droite et à gauche, de minuscules traboules qui donnent accès aux maisons. J'en suis une qui m'amène dans une grande cour, toute encombrée d'espèces de cuves à mi-hauteur, recouvertes d'un treillis d'osier noirci, une odeur pestilentielle. L'activité de fumage des poissons, m'explique-t-on. Revenu dans la ruelle principale, je continue jusqu'à un grand espace, ouvert sur la mer, où les pécheurs ont amené leurs filets et, pieds nus, s'efforcent de les ravauder, maille par maille, ligne par ligne, au milieu de la vie du village qui s'écoule en périphérie.

Sur les bords des filets, une femme lave son enfant dans un seau, de petites filles nettoient les sardines et leur couent la tête, les mains poisseuses de sang, d'autres les rangent sur de grandes clayettes, visiblement faites pour le fumage.

Tout est d'une grande pauvreté, mais digne, une activité économique de subsistance au milieu de la circulation, du futur grand hôtel, de magasins plus ou moins riches et, très guinéen, de ces "petites maisons", sorte de bidonville-dans-la-ville si typique à Conakry.

Les îles de Room

Il existe cinq iles en face de Conakry, refuge de quelques familles de pécheurs, mais surtout de la -riche- communauté libanaise qui y trouve refuge, le temps d'un week-end et où elle ré-invente la vie de là-bas, voit les enfants grandir, joue au foot ou au volley, jeux de plage, fait montre de sa richesse avec les hors-bord et les jet-skis puissants.

Les habitants de la voie de chemin de fer

Une des grandes caractéristiques de Conakry, c'est la pauvreté dans la ville. Habituellement réservé aux bidonvilles éloignés du centre-ville, ici, les pauvres s'exposent au milieu du quartier des ministères, des ambassades et des (très rares) magasins de luxe.

Conakry : le port

Ce qui surprend à première vue dans Conakry, c'est que le Centre-ville est complètement absorbé par le port. Controle à l'entrée qui provoque embouteillages, gros camions porte-containeurs qui essayent de se frayer un passage dans les grandes avenues saturées, tout une vie de portefaix qui tentent de se faire engager pour débarquer un bateau, tout celà provoque une agitation dans une zone où Ministères, Ambassades, Banques se succèdent, habituellement loin de l'agitation portuaire.

Dé-construction du bateau, suite

Dans le port de Conakry, comme si de rien n'était, se poursuit la liquidation du bateau déjà bien entamée il y a quinze jours ...

Je poursuis donc mon reportage, malgré des (petites) difficultés avec les contremaîtres qui apprécient modérément, se doutant que ces images ne sont pas à leur avantage : ouvriers travaillant dans des conditions déplorables, manipulation d'objets lourds, chutes d'éléments de structure un peu n'importe comment, parfois dans l'eau où ils s'enfoncent dans la vase. je photographie un sorte d'aigrette ou de petit héron, les pieds dans la vase noirâtre. Les animaux s'adaptent parfois à des conditions de travail !

Du côté des pécheurs

"Chez Obama" est un restaurant original. On s'y rend en franchissant une passerelle en bois, suspendue par des perches nombreuses, mais relativement fines. La cuisine, toute en paille et planches, est accrochée à la passerelle. La salle de restaurant proprement dite est une paillote, plancher de planches recouvert de sable, sans doute pour en gommer les aspérités. La patronne, accorte, vous récite la litanie des poissons et des crustacés que vous pouvez commander, capitaine, sole, commando, langoustes, calamars … et j'en oublie. Pas d'inquiétude sur la fraicheur du poisson, ils viennent tous de la jetée proche, qu'on voit depuis la paillote.

Sur la dite jetée, c'est la cohue ce matin. Bateaux emmêlés entre eux, pécheurs criant leurs prises, commerçants criant leurs prix, petits livreurs sautant de bateau en bateau pour prendre possession des affaires faites entre les deux. Femmes portant le tout sur la tête au sortir de la jetée vers les cuisines des restaurants de la ville.

Le restaurant est assez populaire, on vient y manger à midi ou le soir, pour moins de dix euros si on se contente d'un plat (copieux), évidemment beaucoup plus si on fait un repas plus conséquent. Le quartier est très divers, populaire vers l'Est, pécheurs, menuisiers réparateurs de bateau, voire un endroit où il ne fait pas bon se promener le soir, toxicos un peu agressifs. Vers l'Ouest, vers la pointe, les belles villas du régime, nombre d'entre elles converties en ambassades, puis le Novotel, gloire finissante d'un passé  révolu, qui sent la moquette poussiéreuse et la peinture qui s'écaille, de beaux courts de tennis quand même. Le Week-end et le soir, ce quartier est parcouru par les bérets rouges de la Garde présidentielle, comme si l'on ne pouvait faire de coup d’État que lorsque le Centre-ville vous laissait circuler. Il faut dire qu'un tank dans un embouteillage, c'est un peu bête !

On m'avait prévenu négativement sur le fait de prendre des photos, les gens n'aiment pas que l'on montre leur pauvreté, m'avait-on dit. J'ai donc fait attention de toujours montrer mon appareil photo (il tient dans la main) et de montrer que je visais avant de prendre la photo, sans jamais rencontrer de réaction d'hostilité, au contraire, des petites jeunes filles qui portaient toutes trois un récipient sur la tête m'ont demandé de les prendre, sans autre contrepartie que de se voir sur l'écran de mon appareil. J'ai retrouvé la camionnette de la Banque alimentaire du Bas-Rhin déjà entre-aperçue sur une autre jetée et, cette fois-ci, j'ai fait poser ses conducteurs devant leur engin. Photographier des barques tenait un peu de l'exercice d'équilibre, la jetée toute occupée par la foule, il a fallu que je crapahute sur les rochers pour m'approcher. Au moins peut-on approcher le rivage à cet endroit, la partie Nord de la pointe est complètement accaparée par le port, zone réservée où je ne suis pas encore aventuré.

Comme vous le voyez sur les photos, la plage est d'une grande saleté, sacs plastiques à la dérive, restes divers nageant entre deux eaux. De manière générale, la ville est très sale et transpire la pauvreté, bidonville dans la grande ville, immeubles , qui ont dû être beaux dans des temps anciens, noircis de crasse et de fumée, familles habitant une pièce unique et vivant dans la rue, rues obstruées par des voitures brinquebalantes stationnées sans ordre, défoncées, sableuses, immeubles en travaux qui ne sont jamais finis … il n'y a ni plan, ni ordre, ni vraiment de centre-ville, marcher relève du saut d'obstacle alors que, gros avantage, il n'y a absolument aucune insécurité. Autre gros avantage, les français sont absolument adorés et l'Armée française (je mange souvent avec notre adjudant-comptable et le capitaine-logisticien) saluée au strict garde-à-vous par les sous-officiers de la garde présidentielle.

Bref, désespérant mais confortable dans le quartier où je travaille.