Centre de traitement EBOLA de Macenta

Le centre de traitement de Macenta a ouvert il y a trois semaines environ. Il a une capacité de cinquante lits, mais l'équipe soignante se limite pour l'instant à 28 patients, de par la très lourde charge physique que représentent les soins et les risques très importants que courent les soignants dans leur travail.

Il y avait eu un centre de traitement MSF au début de l'été, mais celui-ci avait dû fermer de par l'hostilité des habitants, d'abord à ce que leurs proches soient hospitalisés dans des conditions d'isolement absolu, ensuite, quand ils ont compris la dangerosité que représente la maladie, par le risque encouru.

Un nouveau centre a été construit un peu à l'écart de la petite ville, à proximité de la grande roche qui domine la ville et qui a quelques vertus symboliques. Ce nouveau centre est géré par la Croix-Rouge française, avec une équipe soignante qui appartient à l'EPRUS, agence dépendant du Ministère de la Santé et qui fait appel aux soignants français volontaires dans les situations d'urgence. Une équipe d'une dizaine de personnes est donc arrivée dans mon avion, le 24 novembre. Elle restera jusqu'à début janvier et sera relayée, ainsi de suite.

La logistique du centre est très importante et l'équipe Croix-Rouge est d'au moins quinze personnes, et une équipe de soignants guinéens, médecins, infirmiers et aides soignants complète le tableau. Certains soignants guinéens sont présents sur l'épidémie depuis six mois, avec les risques que cela comporte (les soignants sont très souvent les premières victimes de la contamination).

Soigner des personnes atteintes par le virus EBOLA nécessite une organisation spatiale stricte, séparant soignants et familles des malades d'une part, personnes suspectes en attente des résultats des analyses biologiques d'autre part et enfin cas confirmés, malades auxquels il faut donner des soins adaptés à leur état. L'organisation spatiale doit aussi comprendre une morgue adaptée à l’extrême contagiosité des cadavres et un incinérateur de grande capacité pour les très volumineux déchets de soins, chaque tenue complète portée par les soignants étant suspect d'être contaminée et donc rapidement isolée et brûlée.

Une photographie (5) vous montre les trois circuits, soignants, patients et familles. Aucun soignant n'est admis dans la zone "chaude" s'il n'est habillé complètement avec bottes, pantalon et veste étanches, grand tablier couvrant, capuche couvrant les épaules, masque étanche et deux paires de gants l'une sur l'autre, comme montré sur les photos. Il fait environ 50° sous cet attirail et la perte en eau par transpiration est estimée à 2 litres par heure. Les soignants pénètrent dans la zone "malades" uniquement en binôme, l'un regardant l'autre pour déceler un geste malencontreux ou des signes de fatigue qui impose de ressortir immédiatement de la zone contaminée. Le séjour en zone contaminée est limité à 50 minutes et les soignants s'écrivent l'heure de sortie obligatoire sur l'épaule, pour que l'on puisse leur indiquer qu'il est temps de sortir. Le désabillage est une opération à grand danger, qui se pratique sous contrôle visuel de l'autre membre du binôme, par une pulvérisation de javel sur l'extérieur de la tenue, puis la personne enlève soigneusement pièce par pièce sa tenue, en veillant attentivement à ce qu'aucune des pièces enlevées ne soit en contact avec la peau. Comme dans les centrales nucléaires, une douche soigneuse termine le déshabillage.

Depuis le début de l'épidémie à EBOLA, on ne se serre plus la main ni ne s'embrasse entre personnes, on se lave les mains obligatoirement en entrant dans un bâtiment et une personne vous prend la température avec un thermomètre laser, en pointant sur le front ou sur la tempe. Toute personne avec une température supérieure à 38° est référée à un médecin qui lui pose des questions sur le risque de contact avec un ou plusieurs malades et qui pratique éventuellement un test sanguin. Ceci est valable partout en Guinée, à l'entrée de l'aéroport, d'un hôtel, d'un magasin, d'une administration, etc.

Revenons à notre centre de traitement : le circuit commence par une salle de consultation où arrive le patient, soit adressé par un médecin, soit "ramassé par une équipe mobile dans l'entourage d'un malade ou d'une personne décédée, soit même se présentant d'elle-même. La consultation (6-7) est déjà un temps dangereux pour les soignants qui impose une distance de sécurité de 2,5 m. le médecin ou l'infirmier interroge le patient sur les sfacteurs de risque et les symptomes ressentis et, selon des critères précis (8), détermine si la personne peut entrer dans la zone "suspects". Les personnes suspectes sont en attente de confirmation biologique de l'infection, qui se fait aujourd'hui (29 novembre) sur place grâce au don d'un équipement de laboratoire de virologie P4 par l'Institut Pasteur (20). La réponse est relativement rapide (1/2 journée), ce qui facilite beaucoup la décision médicale pour la suite.

En cas de résultat positif, le "cas confirmé" est hospitalisé en zone chaude (disposition des malades 12-13), où les lits sont espacés suffisamment pour permettre les soins. Durant toute l'hospitalisation, les malades sont à l'isolement total et s'entraident pour les besoins courants, boire, manger, qui leur sont fournis sans aucun contact physique par des intervenants équipés comme indiqué plus tôt.

C'est un peu une ambiance de catastrophe nucléaire ou de guerre bactériologique qui vous saisit en pénétrant dans ce camp et beaucoup d'humilité devant le dévouement de ceux qui y travaillent, guinéens et étrangers, dans ces conditions.

Une discussion avec les autorités guinéennes (préfet, maire, médecin-directeur départemental de la santé) fait comprendre le soulagement apporté (i) par l'implantation du centre, (ii) par l'équipement en laboratoire P4. A des degrés variables, la population commence à être sensibilisée à l'épidémie et comprendre le danger de manipulation des cadavres des personnes décédées, même si cela représente pour eux un déchirement intime.

Je suis revenu à Macenta, un mois après ma première visite.