la cité lacustre de Ganvié

Ganvié est un village lacustre du sud du Bénin, situé sur le lac Nokoué au nord de la métropole de Cotonou. Surnommé « la Venise de l'Afrique », il regroupe quelques milliers de cases en bois, érigées sur des pilotis et compte aujourd'hui environ 30 000 habitants qui vivent principalement de la pêche, mais de plus en plus aussi du tourisme. Le développement touristique du lac a commencé sous l'égide des habitants et avec l'aide de quelques ONG (aménagement de l'embarcadère pour les balades en pirogue, magasins de souvenirs, artisanat, guides, cafés, etc.). Son origine remonterait au XVIIIe siècle, à l'époque où des razzias esclavagistes ont poussé les populations de la région à venir se réfugier dans les marécages du lac afin d'échapper à un triste sort.

Je suis venu au Bénin « révolutionnaire », sous le régime du général Kérékou « 1ère formule », puisqu’il se transformera plus tard en héraut de la démocratie. On y fustigeait les « mercenaires » (c’est ce que nous criaient les enfants des écoles en apercevant des Blancs) et, même à l’école normale de Porto-Novo où nous tenions un séminaire sur la santé scolaire, tout le monde devait s’arrêter entre 11 heures et midi pour aller « cultiver » (sauf, bien entendu les mercenaires) … Tout révolutionnaire que fut notre esprit, nous avons quand même profité du dimanche pour aller visiter cette merveille du génie humain que constitue Ganvié.

La population de Ganvié ne cesse de croître, et les maisons sur pilotis s'avancent de plus en plus profondément à l'intérieur du lac Nokoué. Dans ces villages lacustres vivent plus ou moins 30 000 Tofinu (ethnie locale). Les conditions d'hygiène sont déplorables. L'alimentation en eau potable n'est assurée que par deux bornes fontaines et les habitants s'y rendent en pirogue pour remplir leurs bidons d'eau. L'eau du lac n'est pas potable puisque saumâtre (le lac communique avec la mer), mais le niveau de salinité varie en fonction des saisons. Les eaux usées des habitants et les excréments du bétail (pour lesquels sont aménagés de petits îlets) sont directement déversés dans le lac. Heureusement, le lac est peu profond (environ 2 mètres) et le fort ensoleillement assure une certaine désinfection. Le lac est pour l'instant préservé de pollution industrielle. L'eau du lac, donc pas trop polluée permet la pêche et la pisciculture (plusieurs milliers de tonnes par an). Les tempêtes détruisent parfois des centaines de maisons. Les villages sont soumis aux crues pendant la saison de pluie et le niveau peut alors monter jusqu’aux des pilotis. Le bétail doit alors être rapatrié des îlets et partage la vie des habitants.

Après avoir soigneusement entretenu six mois durant leur acaja, le pâturage aquatique clôturé de fascines (assemblage de branchages pour combler les fossés, empêcher l'éboulement des terres, etc.) qu'ils possèdent sur le lac, les pêcheurs peuvent enfin procéder à la récolte. Il y a quelques années encore, les grands filets tendus pour l'occasion renfermaient suffisamment de poissons pour faire vivre toute leur famille pendant plusieurs mois.