L‘Hôpital de Fada N’Gourma

 

 

 

 

 

Beau bâtiment construit par une entreprise italienne dans la fin des années soixante, puis laissé à l’abandon faute de personnel l’hôpital de Fada N’Gourma avait été remis en vie par les dirigeants de « Frères des Hommes » quatre à cinq ans avant mon arrivée, en 1975. Il fonctionnait alors à plein régime, 1 000 opérations par an, services de chirurgie, maternité, pédiatrie et médecine fonctionnels, laboratoire, pharmacie approvisionnée, deux groupes électrogènes, plus les annexes, centre de récupération nutritionnelle, lits d’isolement pour maladies infectieuses, lazaret pour malades tuberculeux et lépreux.

 

En même temps, c’était un hôpital africain avec sa vie propre, les va-et-vient des familles dans l’hôpital, son marché devant la porte, les malades étaient nourris, abreuvé, lavés par leurs familles, tout ce monde entrant et sortant, montant les escaliers, vous n’étiez jamais seul où que ce soit. La ville et surtout la chefferie des Gourmanchés (« l’Empereur » Yentengou se tenait très au courant de nos activités) participaient régulièrement à la vie de l’hôpital, le départ d’une sage-femme ou le débroussaillage de l’hôpital en début de saison sèche les concernait. Les chirurgiens – ils se relayaient chaque mois pour venir opérer – étaient toujours invités par le chef qui se souvenait d’eux quand ils revenaient l’année suivante ou plusieurs années après.

 

Outre le centre de récupération nutritionnel, une première pour l’époque, nous avions une équipe mobile de PMI, qui parcourait, sur base mensuelle, les villages alentours, certains éloignés de 50 km, pour peser les nourrissons et prodiguer des conseils alimentaires et de puériculture aux mamans. Enfin une équipe de vaccination parcourait le Département de l’Est dont Fada est la capitale. Le « secteur sanitaire » dont j’étais le responsable incluait quatre autres hôpitaux et une cinquantaine de dispensaires, que je supervisais régulièrement en trois tournées d’une semaine par mois.