Le grand marché de Markoye

De mon séjour au Burkina-Faso à la fin des années 70’, j’avais gardé deux (mineurs) désirs : la grande mare d’Oursi et le marché de Markoye, tous deux situés au Nord du pays, dans cette zone où le désert rejoint la zone arbustive qui domine le paysage du Burkina.

Le village sahélien de Markoye est distant d'une journée de route de Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, il se situe aux frontières du Niger et du Mali. Ce gros village non-électrifié de 6000 habitants est niché dans les dunes à 380 km de Ouagadougou. Sa position à l’extrême-nord du Burkina Faso, à 40 km du Mali et 20 km du Niger le place à un carrefour stratégique.

Dernier poste frontière, il abrite le lundi l’un des plus beaux marchés de la sous-région.

Maures d’Algérie et de Mauritanie, Haoussas du Niger, Peulhs et Bellahs du Mali tous convergent ici chaque semaine. Markoye, au sein de la province de l’Oudalan, est une zone frontalière qui se caractérise par l’importance des échanges de la région. On estime à 15 000 personnes la fréquentation du marché le lundi. C’est un lieu de rupture de charge pour les camions venant du Sud, entre 10 et 20 gros camions suivant les saisons et plus de 60 “bâchées” par semaine, qui y déposent leurs marchandises, reprises par des transports repartant principalement vers Gao au Mali, puis le Sud algérien. Les marchandises sont acheminées par toutes sortes de moyens ; camions, camionnettes, cars, bicyclette, à pied mais surtout en “bâchées” les taxis-brousse très utilisés par les commerçants.

C’est ici l’épicentre du choc des âges, entre la tradition millénaire et la modernité occidentale qui a déboulé sans crier gare. Si certaines femmes assurent une part conséquente de l’activité du marché, elles vont vendre des produits locaux à Ouagadougou et ramènent de la ville des objets en plastique, chaussures, bassines, nattes que l’on ne trouve pas à Markoye, les lecteurs DVD, téléphones cellulaires, chargeurs de batteries importés du Nigéria ou de Chine transitent aussi par la capitale mais ne sont commercialisés que par les hommes.

Avec la mise en place de la décentralisation et de la communalisation, une vingtaine de villages dispersés dans les dunes ou sur les plateaux de granit y sont rattachés administrativement. C’est un véritable creuset des populations de la région : Songhaï, Touareg, Bellah, Peulh, mais aussi des commerçants Haoussa et Mossi y cohabitent. La vieille ville se divise en quartiers qui recouvrent cette diversité ethnique, construits en étoile autour de la place centrale de la ville où se concentrent le marché, les épiceries, la gare routière, et de nouveaux commerces où foisonnent ces “ nouveautés modernes

marché de Dori

C’est aussi l’un des grands marchés du Nord-Burkina, sans doute moins coloré que celui de Markoye … On y trouve moins de nourriture, mais plus des objets nécessaires à la maison, au transport, et des tissus en abondance. C’est un marché moins pittoresque pour nous autres touristes. C’est aussi un marché pour la ville, moins orienté nomades. Les chameaux y remplacent les vaches, encore qu’il ne soit pas certain qu’ils fassent l’objet de transaction. L’ambiance y est tout aussi active, concentrée sur les achats et les ventes.