De Merca à Mogadiscio

 

La côte jusqu'à Merca (ou Merka) était un des plaisirs de Week-end des expatriés en Somalie à la fin des années 1980, juste avant que les troubles ne s’installent progressivement, du Nord (Hargeisa, Noël 1987, un médecin travaillant pour l’UNHCR est tué en sortant d’un camp de réfugiés, jusqu’au 26 janvier 1991, prise de la « Villa Somalia », résidence du Chef de l’Etat, par les insurgés et fuite de Mohamed Syiad Barré).

 

On s’y rendait le plus souvent en début de W-End, en passant rapidement par la route d’Afgoye, tout droit (pour autant que les trous dans la route le permettent) jusqu’à un carrefour appelé « banana corner », à environ 50 km de Mogadiscio. Une courte route nous ramenait sur la côte, au Sud-Ouest de Merca. On y couchait dans un petit hôtel tenu pat une famille italienne, force spaghetti, lasagnes et autres sauce bolognaise. Les enfants y avaient une paix royale et gambadaient dans la cour (et ailleurs), toujours sous la surveillance d’un vieux garde. Comme toute maison un peu chic de la ville, l’hôtel se trouvait en terrasse au 1er étage, dominant la rue, puis la mer au loin qui apportait sa fraîcheur. Merca était une petite ville « arabe » de Somalie, très encadrée par le pouvoir de la mosquée. On y croisait quand même quelques familles plus occidentalisées, venues rendre visite à leurs proches, et qui s’échappaient parfois au restaurant de notre hôtel pour sortir un peu de la pesanteur familiale. Nous eûmes même une fois une demande de se joindre à notre groupe pour la rentrée en 4x4 sur la capitale par la plage (les expatriés ayant plus de pratique de ces choses-là).

 

On quittait Merca par le Nord, obliquant très vite sur la plage où nous allions rouler sur une vingtaine de kilomètres, sur un sable assez dur, selon l’état de la marée. Pas d’obstacle majeur sauf un passage difficile où il fallait choisir entre passer au-dessus d’un gros rocher, au risque de s’ensabler, ou passer en dessous, au risque d’immobiliser la voiture sur du sable trop mouillé, à marée montante (c’est arrivé à cadre du HCR, catastrophe  !). On arrive, par la plage, à Gendershe, petit village remarquable par sa belle palmeraie, mais où il faut rentrer dans les terres reprendre la piste à travers les jardins de la palmeraie, en plein sable, donc sans ralentir, ce qui n’était pas pour plaire aux habitants. Gare à celui qui s’ensable, il paye pour se voir dégager …

 

La piste est ensuite plus ou moins bonne jusqu’à Mogadiscio, passant par Mosq Bay, une petite mosquée très jolie sur une île découverte à marée basse, dans une baie propice à la baignade (à distance respectueuse de la mosquée, pour ne pas choquer). Deux petites heures de route au total, rafraîchissantes.